|
Chamonix - 2003
Avant la course :
Depuis 2 mois, j’ai des
douleurs persistantes à un tendon d’achille. Malgré quelques
coupures et différents soins, rien n’y fait. C’est sûrement un
signe que mon corps est fatigué, qu’il faut que je le mette au
repos quelques temps. Il n’est pourtant pas question de renoncer à
cette 1ère édition de l’Ultra Trail du Mont Blanc (UTMB)
qui s’annonce exceptionnelle. Je décide donc de jongler avec ma
blessure, d’alléger considérablement l’entraînement (190 Km en
juin, 115 en juillet, 87 en août et un peu de vélo) et de tout
miser sur une préparation « psychologique ». Pas facile à décrire
une préparation psychologique !!!. Une espèce d’auto persuasion
que « je peux le faire, je vais le faire, je dois le faire….. »,
que « la pluie, c’est pas grave, la nuit , même pas mal …… », que
« même les meilleurs auront des coups de barre ….. ». J’ai essayé
aussi de zapper complètement les étapes intermédiaires de
Courmayeur et Champex en ne les considérant que comme des points
de contrôles, tout ça pour éviter la tentation de m’arrêter en
route.
Une unique sortie longue de
prés de 8h, fin juillet, me permet de valider que mon tendon
supporte bien les efforts longs et peu intenses. Ma dernière
sortie a lieu le 15 aôut.17,5 Kms lors d’un mini trail (La boucle
de Madeloc) où les sensations sont excellentes. Je suis rassuré.
Plus rien ensuite jusqu’à la course.
Dernière semaine, consacrée à
faire, défaire, refaire le sac. Je me lève la nuit en sursaut
pensant avoir oublier des trucs. Sandra en a marre de se faire
réveiller à 3h du matin !!!!! Mais non je ne pense pas qu’à ma
course !!.
Très important aussi, lors de
la dernière semaine, j’ai étudié longuement et méticuleusement le
parcours, avec le road book et les cartes IGN de l’organisation.
J’ai également calculé des temps de passage précis qui me
permettent d’estimer mon temps d’arrivée à 34h.
Veillée d’arme
J’arrive en train vers 17h à
Chamonix. La température est saisissante. Ca doit bien faire 4
mois que je n’ai pas connu des températures si basses. J’ai fait
le trajet depuis Lyon avec Steven, un parisien de Chicago qui
bosse chez Mickey. On a parlé de la course, des Ufos …… assurément
un futur Ufo. La remise des dossards, un bonjour à Phil, le seul
Ufo connu dans les environs au milieu d’un tourbillon d’Ufos et de
quelques bérets du Zoo. Un breefing complet plus tard, c’est
l’heure de la pasta. Je me retrouve par hasard assis en face de
Nitram avec qui, sans le savoir, je vais partager ma route pendant
prés de 24h. Promis on avait rien prévu. 21h, j’essaie de dormir
dans le couloir du réfectoire. 2h du mat et 2 à 3 heures de
sommeil plus tard, c’est le réveil, le grand jour. Déjeuner
rapide, et c’est parti.
La course :
Chamonix – Les Houches : dist.
partielle = 8.3 Km (170 m+) ; dist. tot = 8.3 Km (170 m+) ; Temps
partiel = 1h07 (prévu 1h10) ; Temps total = 1h07 (prévu 1h10)
Après le dépôt du sac qui sera
envoyé à Courmayeur puis à Champex, on se retrouve devant l’arche
du départ, au milieu de pleins d’Ufos. Il fait frais et j’ai
décidé de partir léger en short, tee-shirt (Ufo bien sur) et
manchette de cycliste. Je ne le regretterais pas. Le départ est
donné. Un peu de route pour étirer le peloton et sortir de
Chamonix puis on attaque un sentier vallonné qui longe l’Arve. Le
rythme est assez lent et tout le monde a l’air de se méfier du
programme de la journée. J’ai laissé derrière moi Phil, Jésus et
d’autres Ufos, ils me rattraperont plus tard. Le retour de la
route goudronnée est synonyme d’arrivée aux houches. Après avoir
traversée l’Arve, Marmotte me rejoint (c’est la seule que je
verrais de la journée !!!). On profite des premières pentes pour
sortir nos bâtons de randonnée. Je ne les rangerais plus jusqu’à
l’arrivée. Une pause rapide au ravitaillement, un bout de cake, un
coca et on attaque le premier col de la journée.
Les Houches – Col de Voza :
dist. partielle = 4,7 Km (660 m+) ; dist. tot = 13 Km (830 m+) ;
Temps partiel = 1h03 (prévu 1h) ; Temps total = 2h10 (prévu 2h10)
Ca grimpe dur. On marche et
Marmotte est bien mieux que moi. Je lui dis plusieurs fois de
partir mais sagement il préfère rester avec moi. Tant mieux. On
discute un peu sur les parties moins pentues d’un large chemin.
Comme d’habitude sur tous mes ultras, c’est le traditionnel
passage moins bien, au environ des 2h de course. Pas un coup de
barre mais des sensations très moyennes. Le sommet est plus plat
et on se fait enrhumé par un peloton déchaîné d’Ufos composé au
moins de Phil, Jésus (je crois) et de ….. c’est ki le 3ème ?.
Je relance pour prendre les roues de ce groupe. Le ravito est
rapidement expédié et Phil, d’un sauvage coup d’épaule (je suis
encore tout courbaturé !!) passe devant moi au premier point de
contrôle. Promis, je me venge au prochain, aux Contamines
Col de Voza – Champel : dist.
partielle = 5,6 Km (60 m+) ; dist. tot = 18,6 Km (890 m+) ; Temps
partiel = 52’ (prévu 45’) ; Temps total = 3h02 (prévu 2h 55)
On plonge vers Champel. Le
jour se lève et quelques gouttes apparaissent. Je trouve la
descente très pentue et laisse filer mes collègues Ufos. Je
m’arrête pour mettre mon imperméable. 2’ de pause. Je repars et 5’
plus tard, il ne pleut plus. Re pause de 2’ pour enlever
l’imperméable. La descente est maintenant irrégulière, large et
globalement roulante. Je déroule bien et peu avant Champel, je
rattrape Phil.
Champel – Les Contamines :
dist. partielle = 5,7 Km (290 m+) ; dist. tot = 24,3 Km (1180
m+) ; Temps partiel = 48’ (prévu 55’) ; Temps total = 3h50 (prévu
3h50)
On est maintenant sur une
route, Jésus est avec nous. On tourne à gauche pour attaquer une
partie du parcours assez déroutante. Je m’attendais à un parcours
vallonné jusqu’aux Contamines mais le vallonnement est très
prononcé. Des montées raides et longues, des minis cols. Bien
casse pattes. Phil me signale devant nous une de ces
connaissances, un coureur expérimenté, plutôt habitué au devant
des classement. Il me fait part de son inquiétude de se trouver
avec lui. « Si lui qui est super fort est là, c’est qu’on a du
partir trop vite ». Je n’ai pourtant pas l’impression. On le
rattrape et la discussion s’engage. Et là, sans le savoir, le
collègue de Phil va dire un truc qui va me suivre toute la course,
toute la nuit et sûrement sur beaucoup d’autres ultras. Je cite
« Sur ce genre de course, au début tout le monde te double, puis
vient un moment où plus personne ne te double, et vient un moment
où tu doubles tout le monde ». Il s’en est pas rendu compte, mais
cette phrase va rester dans ma tête quelques années je pense !!.
En vu des Contamines, je tiens ma promesse du Col de Voza.
J’attaque Phil. Tel Gebre sur 10000m, je descends à 25 Km/h les
dernières pentes vers le point de contrôle. Non je déconne. En
fait je lâche Phil qui a compris ma frustration du Col de Voza et
il me laisse gracieusement le devancer de quelques secondes aux
Contamines. Ravito où je complète ma poche à eau avec de l’Isostar.
J’étais parti avec du Caloreen et le mélange Caloreen/Isostar
passe bien chez moi.
Les Contamines – ND de la
Gorge : dist. partielle = 4 Km (95 m+) ; dist. tot. = 28,3 Km
(1275 m+) ; Temps partiel = 41’ (prévu 40’) ; Temps total = 4h31
(prévu 4h30)
Du plat, enfin du faux plat
mais par rapport à la suite du programme, il faut profiter de
cette portion calme. C’est ce que je fais. Je me sens bien. Je
cours à 8,9 Km/h en essayant d’adopter une foulée économique.
Jésus est dans les parages et Phil est devant moi. Je double pas
mal de coureurs qui….marchent, rejoint Phil et nous arrivons
ensemble au pied du premier gros morceau du jour : Le col du
Bonhomme.
ND de la Gorge – La Balme :
dist. partielle = 4,1 Km (475 m+) ; dist. tot. = 32,4 Km (1750
m+) ; Temps partiel = 54’ (prévu 50’) ; Temps total = 5h25 (prévu
5h20)
Cette première partie du col
s’effectue sur un large chemin jusqu’à la Balme. Au début sur de
grandes dalles, puis sur quelques replats je cotoie Phil. Tiens,
je suis avec Steven, le parisien de Chicago qui bosse chez Mickey.
Content de le voir. C’est son premier trail et il va bien. Il part
devant pendant que je fais quelques photos. Après environ 1,5 Km
de montée, je me retrouve seul. Bonne route Phil !. Le chemin est
irrégulier, parfois même plat. Je trottine. A environ 1,5 Km de La
Balme, je vois ….. La Balme. Le chemin serpente vers le fond de la
vallée. Très beau. Le plafond est bouché et c’est sûr la montée
après La Balme va pas être facile. Les dernières centaines de
mètres avant le ravito voit l’arrivée de la pluie. Impossible
d’attendre pour se protéger. De concert, tout le monde s’arrête
pour se couvrir.
La Balme – Col du Bonhomme :
dist. partielle = 3,5 Km (615 m+) ; dist. tot. = 35,9 Km (2365
m+) ; Temps partiel = 1h02 (prévu 45’) ; Temps total = 6h27 (prévu
6h05)
Là, c’est plus pareil. On
quitte le large chemin carrossable pour attaquer un sentier
escarpé, boueux (et c’est que le début). Ca grimpe dur et chaque
pas compte. Je m’arrête un instant pour mettre mon sac à dos à
l’abri sous mon imperméable. Jésus en profite pour me doubler.
C’est pas forcément le lieu idéal pour une rencontre. Il ne m’a
pas vu et je préfère le laisser filer. Plus on monte plus le col
devient technique, plein de cailloux. J’aperçois au loin, un
chapelet de coureurs, accrochés à la montagne. Il va falloir
monter la haut !!!!. Je contourne un énorme cairn, chevauche un
torrent et attaque les derniers hectomètres du col. Je rattrape
Steven. Courage Steven, t’es en haut. Je le passe et poursuis ma
route. Le sommet est là, le vent et le froid aussi. Je laisse sur
ma droite une maisonnette qui symbolise le sommet. Je n’ai pas le
courage d’aller y jeter un œil. C’est à 20m du sentier. En fait,
c’était un ravito je crois. Tant pis. Je suis en retard sur mes
prévisions horaires (22’ de retard).
Col du Bonhomme – Col de la
Croix du Bonhomme : dist. partielle = 0,9 Km (180 m+) ; dist.
totale = 36,8 Km (2545 m+) ; Temps partiel = 25’ (prévu 15’) ;
Temps total = 6h52 (prévu 6h20)
Y a pas 900m, c’est pas
possible. Ca m’a paru très long. Le froid est vif. On est à
découvert, sur une crête, au milieu de gros blocs de cailloux. Je
profite de quelques replats pour courir et rattraper de nombreux
coureurs. Le froid est en train de faire son œuvre. La traversée
d’un torrent est acrobatique et juste après, c’est le sommet, dans
le brouillard. Il gèle !!!!. Faut pas traîner ici. C’est ici que
nous quittons le parcours initial pour contourner le Col des Fours
jugé impraticable dans sa partie descendante par l’organisation.
Je jette un coup d’œil sur ma gauche. Sûrement une sage décision.
Nous devons descendre aux Chapieux, 900 mètres plus bas puis
remontée à la Ville des Glaciers.
Col de la Croix du Bonhomme –
Ville des Glaciers : dist. partielle = 9,5 Km (250 m+) ; dist. tot.
= 46,3 Km (2795 m+) ; Temps partiel = 1h46 (prévu 1h10) ; Temps
total = 8h38 (prévu 7h30)
C’est parti pour une longue
descente. Boueuse et donc glissante. La prudence est de rigueur
mais la tentation est trop grande. Je vois en contrebas d’autres
coureurs. Ca me permet de tirer droit dans la pente. C’est
économique en distance, en temps mais pas en énergie. La pente est
plus rude et les cuisses chauffent. Et puis comme c’est plus
pentu, c’est plus casse gueule et ….paf, ça rate pas …..gamelle.
Rien de grave. Je profite du prochain torrent pour me laver. (Oulala,
je fais dans l’esthétique. Ce sera pas le cas cette nuit !!!!). Le
soleil revient et la montagne nous montre tous ces charmes. Je
double et me fais redoubler par quelques coureurs. On joue au chat
et à la souris en coupant à tour de rôle tel ou tel virage. On
arrive à un petit pont. Le sentier devient chemin, je recours
normalement (8,9 Km/h). En contre bas le village des Chapieux et
…. Etienne. Je coupe 2 gros virages à travers champs. Les pieds
trempés par ma promenade dans les hautes herbes, je rejoins
Etienne. Nous arrivons aux Chapieux.
Pour tous les coureurs qui
sont passés là, BIENVENUE DANS LA COURSE DE TOUS LES ULTRAS !!!!!
Une jeune fille nous annonce
un ravito dans 30’. On va pas tarder à se demander si c’est 30’ en
voiture, vélo, ski. Assurément pas à pied. Nous empruntons une
route jusqu’à la Ville des Glaciers. Et ça grimpe. C’est monotone,
long. Le seul point positif, c’est qu’on papotte avec Etienne. (Il
a des sacrés références Etienne sur 100 Km, respect !!) Arrivée en
vue de la Ville des Glaciers, le chemin se fait plat et je
recours.
Ville des Glaciers – Refuge
des Mottets : dist. partielle = 1,3 Km (105 m+) ; dist. tot. =
47,9 Km (2900 m+) ; Temps partiel = 18’ (prévu 25’) ; Temps total
= 8h56 (prévu 7h55)
Je distance Etienne qui me
rejoindra au Refuge des Mottets. L’accès à ce refuge se fait par
un chemin assez facile. Le paysage est magnifique avec en fond de
vallée, des grandes cascades qui dévalent de grandes pentes
vertes, oranges, rouges. Nous sommes au pied du Col de la Seigne,
deuxième gros morceau du parcours. 8h56 de course, Sherpa est
passé en 5h45 !!!
Refuge des Mottets – Col de la
Seigne : dist. partielle = 4,2 Km (640 m+) ; dist. tot. = 52,1 Km
(3540 m+) ; Temps partiel = 1h08 (prévu 1h05) ; Temps total =
10h04 (prévu 9h)
Salut Etienne, on se voit à
l’arrivée. Il a prévu depuis le départ de s’arrêter à Courmayeur
et m’a promis une photo à l’arrivée à Chamonix. Il tiendra sa
promesse. Le pied du Col de la Seigne est très raide. J’envisage
de couper droit vers le sommet où je vois d’autres coureurs. Je
tente une fois mais cet exercice s’apparente presque à de
l’escalade. Je me résous à suivre le sentier qui serpente de
gauche à droite. Un changement de versant est synonyme de replat
(relatif) mais surtout de l’apparition du vent. Je me sens bien et
trottine. Essentiellement dans le dos, le vent me surprend parfois
par sa fraîcheur quand au hasard du chemin je me retrouve face à
lui. Ca caille. Le final se fait au milieu des moutons, des cris
de marmottes et des randonneurs, équipés façon Jean Louis Etienne
au Pole Nord. Ils nous regardent bizarre avec nos shorts. Le
sommet est superbe, une énorme colline en fait à franchir, avec à
gauche des sommets presque découverts. La pente est bien moins
raide. L’Italie est devant nous. Le vent souffle très fort. Le Lac
Combal est juste là à portée de bâton, 500 mètres de dénivelé plus
bas. J’y serais dans un peu moins d’une heure. Un petit coup d’œil
à la borne de 20cm de haut et aux 10 cailloux alignés qui
symbolisent la frontière, et je plonge dans la descente
Col de la Seigne – Lac Combal :
Dist. partielle = 6,3 Km (10 m+) ; Dist. tot = 58,4 Km (3550 m+) ;
Temps partiel = 54’ (prévu 1h) ; Temps total = 10h 58’ (prévu 10h)
Mon coup de cœur du parcours.
Magnifique. Après une première descente très raide qui fait bien
chauffer les cuisses, je me retrouve dans une vallée, plate. Au
milieu des vaches, j’aperçois sur la gauche un glacier qui a l’air
de vouloir écraser le refuge Elisabetha. Je suis venu pour ça. Les
grands espaces. J’ai l’impression d’être en Russie, au milieu de
la steppe (c’est bien comme ça qu’on dit ?). Devant moi une
interminable ligne droite, parsemée de coureurs. Un tous les cent
mètres tout au plus. Je cours et double pas mal de coureurs qui
marchent. Je suis bien, très bien. Moi qui habituellement n’aime
pas trop les longs bouts droits à l’entraînement, j’aimerais que
celui là dure des heures. Je revois les photos de Serge Girard et
Jamel Baali, lors de leurs périples transcontinentaux. Les mêmes
lignes droites et la sensation d’être au bout du monde. Je vole.
J’arrive au pointage du Lac Combal.
Lac Combal – Arête Mont
Favre : Dist. Partielle = 2,3 Km (485 m+) ; Dist. tot. = 60,7 Km
(4035 m+) ; Temps partiel = 52’ (prévu 50’) ; Temps total = 11h50
(prévu 10h50)
Un peloton s’est formé d’une
dizaine de coureurs. On attaque la montée. Terrible. Un mur !! Je
suis moins bien et laisse filer mes compagnons. En contre bas, un
glacier énorme avec un petit lac. Ca mériterait la photo mais j’ai
pas la tête à ça. Je m’accroche à la pente. Arrivée à l’Arp
Vieille Sup, certains coureurs sont arrêtés. Tous jurent : Pu…..
de montée !!! Le final moins raide me permet de me rapprocher du
mini peloton où il ne reste plus que 5 coureurs.
Lac Combal – Col Chécroui :
Dist. Partielle = 4,4 Km (45 m+) ; Dist. tot = 65,1 (4080 m+) ;
Temps partiel = 46’ (prévu 45’) ; Temps total = 12h36 (prévu
11h35)
Une descente facile, peu
pentue où l’on voit au loin les télécabines du Col Chécroui. Je
reprends encore des coureurs et suis assez surpris du peu de
coureurs qui courent encore sur le plat ou dans les légères
descentes. Ils sont mal ou je suis très bien ?. Un peu des deux
sûrement. Je vais réussir à arriver à Courmayeur frais, pas usé,
en pleine forme. C’est la grosse ambiance au ravito, Courmayeur
n’est qu’à 5 Km.
Col de Chécroui – Courmayeur :
Dist Partielle = 4,5 Km (10 m+) ; Dist. tot = 69,6 Km (4090 m+) ;
Temps partiel = 46’ (prévu 45’) ; Temps total = 13h22 (prévu
12h20)
Mortelle descente, hyper
raide, avec des marches de 50cm. Dans un passage périlleux, je me
mets à imaginer cette même descente si il avait plu. Un vrai coupe
gorge !! J’apprendrais plus tard, après l’arrivée que Rémi (Ltoro)
l’a emprunté sous la pluie et …. de nuit !!!. Puis un large chemin
nous emmène jusqu’à Courmayeur. Les derniers hectomètres se font
dans le village, charmant village, au milieu des touristes et des
accompagnateurs venus voir passer ces fous qui courent autour du
Mont Blanc. J’ai en tête depuis quelques heures de trouver un
téléphone pour appeler Sandra, que je n’ai pas eu depuis le matin.
Elle doit être inquiète. Rouba est là, juste avant la base vie. Je
me jette sur elle, lui demande d’appeler Sandra et c’est en
courant qu’elle m’accompagne jusqu’au point de contrôle. Merci
Rouba.
« Je continue »
Courmayeur Arrivée –
Courmayeur Départ : Temps partiel = 43’ (prévu 30’) ; Temps total
= 14h05 (prévu 12h50)
C’est la pause. Initialement
prévu de 30’, je me rends tout de suite compte que ce sera
impossible de rester si peu de temps. Je récupère mon sac dans le
long couloir qui mène aux douches. Je me lave les jambes (un poil
boueuse) et cours (si, si vraiment !!) me faire masser. 10’ de
repos. Mes jambes sont comme neuves. Cool. Puis c’est la
préparation des affaires pour la nuit (Gants, bonnet, frontale,
sweat Polarteck ….). Je change de chaussettes, enfile mon collant
long et refais le plein de mon camel bag avec du Caloreen. Tiens
c’est bizarre, j’ai encore très peu bu. J’ai donc maintenant dans
ma poche à eau, un mélange Isostar-Caloreen aux proportions
indéterminées. C’est pas grave, ça passe. Je demande la météo pour
les heures à venir. « Vous voulez vraiment savoir ? » me dit-on.
Ben oui. « Pluie en début de nuit et meilleur demain matin en
Suisse ». C’est noté. Même pas peur !! Je vais manger un morceau.
La charmante bénévole avec un accent italien me propose des
….pâtes. Englouties en quelques secondes, je vois Nitram qui est
avec Patrack sur le départ. Je gobe quelques morceaux de fromages,
un verre de coca et cours à leur rencontre. Je ne voudrais pas
rater le bon wagon d’Ufos qui s’annonce.
Courmayeur – Planpincieux :
Dist Partielle = 6,7 Km (390 m+) ; Dist. tot = 76,3 Km (4480 m+) ;
Temps partiel = 1h16 (prévu 1h25) ; Temps total = 15h21 (prévu
14h15)
C’est reparti. En rédigeant
ces lignes, j’ai vraiment l’impression que la course à commencer
ici. En fin de course, en arrivant vers Chamonix et en repensant
aux kilomètres parcourus, je me surprendrais même à ignorer
complètement cette première partie de la course. Aujourd’hui je
peux dire que c’est vraiment un apéritif, une mise en bouche à
consommer avec beaucoup de prudence.
Voilà, le trio est formé :
Nitram, Patrack et moi. Nous traversons Courmayeur, zigzaguons
entre les touristes et les boutiques et empruntons un chemin qui
surplombe la route nationale. Direction le tunnel du Mont Blanc. A
l’approche du tunnel, on se retrouve sur une large route, montant
en direction du Val Ferret. Bof, pas terrible. Le road book
indiquait un sentier jusqu’à Planpincieux mais non, y a pas de
doute possible, le marquage est bien là, c’est par cette route que
nous devrons rejoindre Planpincieux. Un petit groupe se forme. Au
milieu des voitures (les italiens se prennent tous pour des Fangio
au volant ??), nous progressons péniblement. Plusieurs coureurs
nous rattrapent, certains nous distancent et c’est à 8 que nous
rejoignons Planpincieux.
Planpincieux – Lavanchey :
Dist. Partielle = 4,1 Km (100 m+) ; Dist. tot = 80,4 Km (4580
m+) ; Temps partiel = 48’ (prévu 40’) ; Temps total = 16h10’
(prévu 14h55)
Enfin un peu de chemin. On
profite de ces quelques instants de calme pour discuter (« Koi,
moins de 3h au marathon, comment t’as fait, j’en rêve ?? »).
Derrière nous, la pluie tombe sur Courmayeur. Le vent aidant,
cette pluie ne devrait pas tarder à nous rejoindre (comme prévu
par la météo). Devant, le Grand Col Ferret nous domine. On
aperçoit au sommet une lumière. Sûrement celle du douanier suisse
qui va nous accueillir dans quelques heures. Le jour commence à
tomber.
Lavanchey – Refuge Elena :
Dist. Partielle = 6 Km (420 m+) ; Dist. tot = 86,4 Km (5000 m+) ;
Temps partiel = 1h34 (prévu 1h20) ; Temps total = 17h44 (prévu
16h15)
Le ravito de Lavanchey est
très chaleureux. C’est le moment de déguster notre première soupe
de la soirée. La nuit s’annonce difficile. Nous quittons le
ravitaillement et peu après la nuit tombe définitivement. Une
pause pour s’équiper des frontales, de la veste, des gants et du
bonnet …. et les premières gouttes sont là. Le chemin est large
jusqu’au Refuge. Au pied de la montée, quelques lumières signalent
quelques habitations. Au dessus de nous, le sentier menant au
sommet du Grand Col Ferret est marqué par les frontales de nos
prédécesseurs, en pleine ascension. Droit dans la pente !!! Les
pourcentages jusqu’au refuge sont faibles et chacun prend son
rythme. Nitram seul devant et moi qui mène le reste du groupe. On
passe au dessous du refuge Elena mais la piste est encore longue
pour l’atteindre. Interminable même. Une série d’épingle, à faible
déclivité mais qui nous éloigne à chaque fois de ce fichu refuge.
Enfin, après prés d’une heure de montée, c’est l’heure de la
soupe. Je m’interroge sur la « tactique » de Nitram. Il est très
fort mais aussi inexpérimenté sur ce genre d’Ultra. Je me demande
s’il ne grille pas des cartouches à partir devant puis à s’arrêter
longuement. Un effort fractionné en somme. En fait, un seul mot :
Il est COSTAUD. Il fera ça jusqu’à ….. 50m de la ligne.
Refuge Elena – Grand Col
Ferret : Dist. Partielle = 2,1 Km (470 m+) ; Dist. tot = 88,5 Km
(5470 m+) ; Temps partiel = 57’ (prévu 50’) ; Temps total = 18h41
(prévu 17h05)
Nous discutons avec Patrack. Il n’est
pas au mieux et s’interroge sur la suite des évènements. Objectif
Champex puis après il verra. J’ai jamais été fin psychologue mais
j’essaie de lui expliquer que les coups de bambou, on va les
prendre à tour de rôle jusqu’à Chamonix. A toi à moi. Après le
bas, vient le haut. Il préfère nous laisser partir et a déjà
repérer les lumières d’un groupe, encore dans la montée au Refuge,
qu’il pourra retrouver en cas de moins bien. Avec Nitram, nous
repartons dernier de notre groupe du ravito (après être arrivés
les premiers). C’est plus de la rigolade. Nitram est dans ma roue,
pendu au téléphone. Il flotte toujours, la nuit est sombre et le
terrain ….. pourri. Qui c’est qui a monté le Grand Col Ferret sans
bâton ? Faut lui faire une statue !!!. Une vraie patinoire. On
monte plus avec les bras qu’avec les jambes. La bonne nouvelle de
la montée, c’est que c’est Patrack qui ouvre la route. La
mauvaise, c’est que moi derrière, je suis pas fier. J’ai Nitram à
15cm derrière et je suis à fond, à 2 à l’heure. Un pas, c’est un
pas. Plus le temps passe, et plus on remonte le groupe. Mais je
suis toujours aussi mal. Je me mets même à rêver du sommet. Oh
oui, faire un gros bisou baveux au magnifique douanier Suisse au
sommet. Tel est mon objectif. (Et si le douanier est une
douanière, je passe la nuit là haut !!!!.). C’est du n’importe
quoi dans cette montée. Les batonneux poussent les non batonneux
pour leur éviter de reculer dans cette satanée &&$##&ù. Ce qui est
bien, c’est que j’ai pas le temps d’avoir froid. Pas le temps d’y
penser. Je passerais au sommet, en tee-shirt (Celui des 100 Km de
Millau 2001, mon préféré qui maintenant est bon pour la poubelle J)),
manchette (faudra que j’en reparle de ces manchettes) et mon
imperméable Goretex. A 200m du sommet, c’est la délivrance. Y a
une RevParty ici ? Quel bazar !!! Un bénévole suisse vient à notre
rencontre en criant, chantant, je sais plus. « Vous êtes en haut.
20 Km de descente facile ! On a nettoyé la descente, vous pouvez
courir ». Sympa le bénévole à part que 20 Km de descente, c’est
pas une bonne nouvelle. Et en plus, il a du avoir les oreilles qui
sifflent un peu plus tard !!!. J’avais prévu 10 Km de descente
puis 10 Km de plat. J’avais raison. On ne prend pas le temps de
s’arrêter au sommet.
n pUn
Grand Col Ferret – La Fouly :
Dist. Partielle = 9,5 Km (65 m+) ; Dist. tot = 98 Km (5535 m+) ;
Temps partiel = 1h49 (prévu 2h05) ; Temps total = 20h30 (prévu
19h10)
Nitram a des fourmis dans les
jambes. Il veut courir !!. 20 Km comme l’a dit le monsieur. Il
part tout schuss. Moi, je suis plus prudent. Comme si j’avais un
frein moteur qui me rappelle à l’ordre sans cesse. Chamonix est
encore loin. Un italien est avec moi pendant que Nitram transperce
la nuit au grand galop. Le début de la descente est roulant. Pas
boueux en fait. Le sommet étant à 2500m, la boue va apparaître en
dessous de 2000m avec les premières forêts. Nitram voltige. J’ai
des difficultés à le suivre. Il est obligé de faire des pauses
toutes les 3,4 minutes pour m’attendre. Dés qu’il revoit ma
frontale, il repart et disparaît aussitôt. Je crois pas être
mauvais descendeur, preuve en est, on va reprendre de nombreux
coureurs dans cette descente, mais Nitram, il a un coté « Sherpa
qui s’ignore ». On reprend un à un des coureurs plantés dans la
descente. Ils marchent et nous on court. Les écarts se font. On
est déchaîné, motivé, même pas fatigué. L’euphorie est en train de
nous prendre. Je suis bien. Tout à coup, au milieu de nulle part,
un bénévole. Il nous annonce 15’ de descente puis le goudron
jusqu’à La Fouly. 15’ de folie. Une pente infernale, un brouillard
épais, de la pluie et un sentier boueux et lissé par les nombreux
concurrents qui ont du se gameller dans cette portion du circuit.
Et ça rate pas. Malgré les bâtons et une vitesse d’escargot, je me
prends une gamelle. Nitram, pour pas me vexer en fait de même. Lui
repart. Moi, je me relève, fais trois pas et rebelotte. Je me
re-relève, refais trois pas et re-rebelotte. Je me re-re-relève,
re-refais trois pas et re-re-rebelotte …etc. Bref, 5 gamelles en 5
minutes. L’enfer. C’est sûrement ce passage qui a dû être fatal à
nombre de coureurs. D’ailleurs, Marmotte me confirmera qu’il a été
fermé peu après notre passage, par sécurité. Impossible de ne pas
avoir le moral à l’envers après ça sauf que là …… c’est
l’euphorie. Une vrai carapace indestructible. Même pas mal. On
commence à s’interroger avec Nitram « C’est pas possible d’être
aussi bien à cet instant de la course. Qu’est ce qui se passe ? ».
Une fois ce passage oublié, je retrouve Nitram et le goudron
jusqu’à la Fouly. On court. Je me revois à la SaintéLyon !!. On
double des coureurs. Ca doit faire mal au moral de se faire passer
par 2 Ufos déchainés sur une route détrempé et par un froid
glacial. Oui, parce que particularité du parcours, sur cette route
dégagé, le froid est saisissant. On est plus à l’abri de la forêt,
ma couche de boue ne me tient pas chaud et la fraîcheur doit
remonté de la route pour nous glacer les veines. Enfin, les
lumières de La Fouly où j’espère un ravito au chaud. Mon vœux est
exaucé. On pousse la porte d’un…..ravito reconverti en hôpital de
campagne. Wouah !!!!! Des coureurs partout, des regards perdus,
qu’est ce qui se passe ???. La descente a fait de gros dégâts. Le
Furet s’affère pour aider un collègue au plus mal. Un coup d’œil à
Nitram et on se dit rapidement « Faut pas traîner ici, c’est pas
bon !! ». On essaie de trouver un peu de chaleur autour d’une
soupe, j’enfile un sweat et ….brrrrrggg, on pousse la porte,
direction Champex.
La Fouly – Praz de Fort :
Dist. Partielle = 8,5 Km (90 m+) ; Dist. tot = 106,5 Km (5625
m+) ; Temps partiel = 2h03 (prévu 1h30) ; Temps total = 22h33
(prévu 20h40)
Il fait froid. J’ai froid.
Nitram encore plus que moi. On se force à une marche Rodienne, en
bougeant bien les bras histoire de se réchauffer. A la sortie de
la Fouly, on tourne à gauche, on passe la rivière et ….. 10’ de CO.
Avec ma frontale, j’y vois à 20cm dans le brouillard. Décidément,
j’ai pas trouvé l’engin idéal. J’ai l’impression que Nitram, il a
un projecteur et moi une bougie. Je constaterais à ma grande
surprise à Champex qu’on a le même modèle de lampe. (Et Yoyo, si
tu changeais les piles des fois !!!! ) On est presque décidé à
prendre la route quand 2 coureurs nous aiguillent sur le bon
chemin. On se cale dans leurs roues. La pluie redouble, la
descente s’est transformée en faux plat descendant et on est bien
derrière eux. Même Nitram ne bouge pas. C’est vraiment de très
bons marcheurs. Cette partie du parcours parait longue. Je repense
à Patrak. J’espère qu’il s’est refait la griotte (expression
Nitramienne !!!), la route est longue jusqu’à Champex. On est de
nouveau seul avec Nitram. Moi, toujours derrière. L’euphorie est
toujours là. On reprend puis distance pas mal de coureurs. Lors
des passages techniques, la nuit nous permet d’ignorer le vide qui
doit être sur notre droite à quelques centimètres. Je repense au
copain de Phil et à sa fameuse phrase (voir plus haut). On est en
train de faire un truc. Pourvu que ça dure.
Praz de Fort – Les Isserts :
Dist. Partielle = 1,5 Km (10 m+) ; Dist. tot = 108 Km (5545 m+) ;
Temps partiel = 28’ (prévu 15’) ; Temps total = 23h01 (prévu
20h55)
Retour à la civilisation. On
traverse des villages endormis. Les bâtons ne nous sont plus
utiles. Nitram veut courir mais j’appréhende un peu la montée sur
Champex. Un détail sur le road-book mais quand même 500m de
dénivelé au programme. On y va tranquille, en marchant vite. Un
petit groupe se reforme. Qu’est ce que je suis bien !!!
Les Isserts – Champex d’en
Bas : Dist. Partielle = 7,1 Km (500 m+) ; Dist. tot = 115,1 Km
(6045 m+) ; Temps partiel = 1h40 (prévu 1h30) : Temps total =
24h41 (22h15)
Alors là, attention. Petit sur
le road-book, mais une vraie montée, qui n’a rien a envier à ses
consœurs Bovines, tzeppes, Mont Favre. Au pied, ça a un petit air
de 6000 D. Mais si souvenez vous ! Au départ, après la piste
cyclable, la route goudronnée qui monte vers la Plagne puis à
gauche, un sentier en lacet, hyper raide. Ben là, c’est ça mais
avec 110 Km dans les jambes. Comme d’habitude, Nitram part devant
et moi, derrière je gère, à la sensation. Jamais dans le rouge.
J’ai l’impression qu’à ce rythme, je pourrais monter des heures.
J’accélère pas, c’est les autres coureurs qui craquent. On en
double encore quelques-uns. Au détour d’une épingle, Nitram est
arrêté avec un coureur au plus mal. « J’en peux plus, j’arrête
….. » bref le discours habituel du gros coup de barre. « C’est
quoi ton prénom ? » « Julien ». « Allez Julien, plus que 150 m
positif puis t ‘es à la route, à Champex, à la base vie ». Il
repart et s’accroche quelques dizaines de mètres. Il s’arrête.
Nous aussi, on l’encourage mais il peut plus. On repart. Pauvre
Julien. Cette montée est interminable. Y a même une petite
descente au milieu. Il va falloir remonter encore plus haut. On y
est. La route, la délivrance. Encore quelques efforts pour couper
quelques virages et on débouche, sur Champex, son lac …..et Mars
!!!!. Faut que j’explique. Comme prévu par la météo, le ciel est
dégagé, étoilé, il ne pleut plus. Nitram m’interpelle sur une
lumière au dessus de nos têtes. Le débat s’engage, pleins d’une
remarquable lucidité après 24h de course : c’est Mars ou la
lumière d’un pylône d’un téléphérique !!!!!. Après négociation, on
penchera pour Mars, mais ….. après réflexion, on devait être un
peu fatigué !!!. 24h de course et 113 Km. Pas mal !! La route est
là, montante quelques instants puis descendante jusqu’à la base
vie. Une longue descente, sur un chemin bien large. 1 Km qu’il dit
le bénévole suisse. Lui aussi devait en tenir un peu. On aurait pu
débattre avec lui sur Mars, le pylône ….. Très long kilomètre mais
quel bonheur d’arrivée. Enfin, quel bonheur d’arrivée en vue de la
base vie parce qu’à l’intérieur, c’est plus pareil.
Champex d’en Bas Arrivée –
Champex d’en Bas Départ : Temps prévu = 1h07 (prévu 30’) ; Temps
total = 25h47 (prévu 22h55)
Nous rentrons dans la base
vie. Comme prévu par la météo, le ciel est étoilé et on s’attend à
repartir au sec vers Chamonix dans environ 1h. « Vous
continuez ? » « Ben ouais, bien sûr ». On récupère nos sacs et
direction le massage. Wouah !!! La Fouly puissance XXXL. Des
coureurs qui arrêtent de partout, l’impression de n’entendre que
des « J’arrête ». Je demande à me faire masser, on me répond que
les tables de massages sont occupées par des gars en hypothermie.
Une autre bénévole approche, me regarde bizarre et me dit « Vous
arrêtes ou vous continuez ? » « Je continue » « Vous êtes sûr ? »
« Ben oui, j’ai l’air si mal que ça » « Non, mais on en a vu
arriver qui étaient bien et qui sont tombés dans les pommes aussi
secs !!! ». Je suis sidéré. A croire que personne ne veut que l’on
reparte. Après le massage et quelques soins des pieds, je vais
manger un morceau avec Nitram. Hallucinant : les coureurs essaient
de nous persuader de ne pas repartir. Ils nous racontent des
histoires pas possibles, nous affirment qu’on sera jamais dans les
délais…… Avec Nitram, on s’en fout, ON VA FINIR, même hors délais.
On engloutit quelques pâtes (Je confirme, les pâtes, c’est une
spécialité italienne, pas suisse), on refait le plein, et « qui
nous aiment nous suivent ». On repart un petit groupe de 5. On met
le nez dehors. C’est le déluge. Tant pis, on est remonté comme des
pendules, motivé comme jamais, énervé par ce qu’on vient de voir.
Champex d’en Bas – Fermes de
Bovine : Dist. Partielle = 4,9 Km (660 m+) ; Dist. tot = 120 Km
(6705 m+) ; Temps partiel = 1h47 (prévu 1h35) ; Temps total =
27h35 (prévu 24h30)
C’est parti. Je me plonge
rapidement dans les cartes pour estimer nos temps de passage. A
force d’entendre dire qu’on passera pas dans les délais, je me
pose des questions. Un rapide calcul et j’estime notre arrivée à
Vallorcine pour midi. Le groupe est sympa, ça discute dur et le
chemin qui nous amène vers bovines est en faux plat montant. Après
environ 30’, ça se corse. Le chemin devient sentier, les cailloux
de plus en plus nombreux. Heureusement, le jour se lève. Une vraie
libération. Je vais pourvoir lâcher un peu les chevaux en
descente. La montée s’annonce rude d’après le road-book. Le groupe
éclate, j’ouvre la marche à Nitram. Il ne passe plus devant. Son
seul passage à vide du parcours (peut être la digestion des pâtes
suisse !!!). Le reste du temps, c’est moi qui ai dû lui paraître
vidé. De cailloux en cailloux, on prend du dénivelé. Il pleut de
plus en plus et le sentier se transforme peu à peu en torrent. Et
plus on monte, plus c’est abrupte. Les marches sont de plus en
plus haute. Certains passages nécessitent d’utiliser les mains.
Mais je suis bien. Je fais quelques pauses. L’orage gronde, pas
très loin de nous. Pas très rassurant. Enfin, le replat s’annonce.
Un sentier transformait en ruisseau. C’est à découvert que nous
devons rejoindre la Ferme de Bovines. Je n’ai pas de gants et mes
mains sont frigorifiées. J’agrippe les bâtons et impossible de
desserrer les mains. J’arrive au ravito. Je m’arrête mais je ne
veux pas rentrer au chaud, j’ai envie de redescendre au plus vite
pour que mes mains retrouvent des températures plus clémentes (pas
très logique ça !!!) Nitram boit un thé. On repart.
Fermes de Bovine – Trient :
Dist. Partielle = 7 Km (125 m+) ; Dist. Tot. = 127 Km (6830 m+) ;
Temps Partiel = 1h25 (prévu 1h55) ; Temps total = 29h (prévu 26h
25)
Le pied ! enfin une descente
de jour, pas trop boueuse. On nous avait annoncé l’enfer pour
cette partie du parcours mais l’enfer, on l’a connu plus tôt,
avant la Fouly. Ici, c’est l’autoroute. Le jour nous donne des
ailes. On descend à un bon rythme, en courant quand la pente le
permet vers le col de la Forclaz. On s’interpelle encore : « c’est
pas possible d’être aussi bien !! ». Au col de la Forclaz, un
bénévole nous accueille. Il nous informe que la prochaine montée
est bien moins dure que Bovines, régulière sur de bons sentiers.
On tient le bon bout. Enfin, Trient est là. Plus qu’un col et
c’est gagné !. On pousse la porte du ravito. Quel bonheur !!. Des
bénévoles à nos petits soins. Faut dire qu’ils n’ont pas vu
beaucoup de coureurs depuis hier. Il nous offre pour nous
réchauffer du chocolat, de la soupe et même un tee-shirt de
l’organisation. La porte s’ouvre. Vincent Delebarre entre.
Première réflexion : Chapeau, il fait la course, finit deuxième et
revient prendre des nouvelles de l’organisation, son organisation.
Je l’interpelle « Bravo pour ta course, pour ta deuxième place ».
Glups, boulette. En fait, on nous avait annoncé qu’il avait fait
deuxième, mais c’était bidon, le téléphone arabe n’avait pas du
aimé la météo de cette nuit. Il a été deuxième les ¾ de la course
mais a arrêté en haut des Tseppes, dormi quelques heures et là ,
il redescendait …. des Tseppes.
Trient – Les Tseppes : Dist.
Partielle = 3,2 Km (630 m+) ; Dist. Tot = 130,2 Km (7460 m+) ;
Temps Partiel = 1h16 ( prévu 1h) ; Temps total = 30h16 ( prévu
27h25)
Dernière grosse difficulté
(enfin, je l’ai cru !!!). On repart à 3 avec Jean Yves. On
arrivera à 3 à Chamonix. La montée des Tseppes, c’est là que
Nitram m’a vraiment impressionné. Parti avec 200m de retard sur
moi (téléphone oblige), il nous double au bout de 1 Km de montée,
en discutant au téléphone et me distance d’au moins 5’.
COSTAUD !!. Cette montée est très belle, très régulière, mais très
raide. 20% minimum. Je me cale sur l’altimètre. Les bénévoles de
Trient nous ont annoncé 600m de dénivelé positif. Je regarde mon
temps pour les premiers 100m positif. 10 minutes. Un rapide
calcul. Je serais au sommet dans 50’. Et ça c’est génial. Je me
focalise sur mon temps de montée, surveille les temps de passages
au 200 m+, 300 m+ …. Et 50’ plus tard et 600 m au dessus de
Trient, je lève le nez et je vois ….. les Tseppes. Ca y est, on
est en haut. Cette montée qui a duré une heure m’a paru une
colline, un vallonnement tant elle est vite et bien passée. Nitram
est là, depuis quelques minutes à discuter avec les bénévoles du
ravito. Ils nous annoncent 2h50 pour rejoindre Vallorcine. Autant
dire qu’on y sera jamais à midi.
Les Tseppes – Point Haut :
Dist Partielle = 1,5 Km (140 m+) ; Dist. Tot = 131,7 Km (7600
m+) ; Temps partiel = 25’(prévu 35’) ; Temps total = 30h41 (prévu
28h)
On repart. Je suis sceptique
sur les 2h50 annoncées pour rejoindre Vallorcine. En fait, on
mettra une heure de moins. Dernier passage à 2000, derniers
instants de froideur, on profite. Le sommet est là devant nous.
Quelques ondulations du parcours plus loin, nous arrivons au Point
Haut. Il faut tourner à droite et plonger vers Vallorcines. On
aperçoit en contrebas 4 coureurs. Et si on les rattrapaient ?
Point Haut – Vallorcine :
Dist. Partielle = 5,4 Km (10 m+) ; Dist. Tot = 137,1 Km (7610
m+) ; Temps partiel = 1h11 (prévu 1h35) ; Temps total = 31h52
(prévu 29h35)
En fait, on ne les reverra
jamais. Je suis bien, musculairement parlant, mais mes pieds
commencent à chauffer. J’ai l’impression que Nitram a quelques
soucis avec ses cuisses. Le début de la descente, c’est un sentier
qui serpente en lacet et qui prend rapidement du dénivelé négatif.
Sur notre gauche, une énorme cascade, fraîchement alimentée par
les pluies de cette nuit. Il ne pleut presque plus. On arrive
enfin sous un téléphérique. On va emprunter maintenant une large
piste caillouteuse. C’est long. Le village est juste en dessous de
nous mais le chemin descend peu. A ce rythme, on n’est pas arrivé.
Heureusement, le final est en sous bois, sur un sentier glissant.
Nitram nous refait son numéro de funambule. Il nous distance de
200m en 400m. Pressé de retrouver sa femme ? Non, il se dégourdit
les jambes. Epatant !!!. Enfin, la route, la ligne droite et au
bout, le ravito. On est arrivé, on l’a fait, il reste 18 Km
facile. Un détail. …. Grosse errreur. Ah j’oublié, il est 11h45.
Vallorcine – Col des Montets :
Dist. Partielle = 3,7 Km (210 m+) ; Dist. Tot = 140,8 Km (7820
m+) ; Temps partiel = 1h10 (prévu 1h05) ; Temps total = 33h02
(prévu 30h40)
L’émotion est palpable. J’ai
l’impression que les bravos des bénévoles, des montagnards, des
spectateurs, ce n’est pas des bravos comme tous les dimanches. Je
n’oublierais pas l’accueil que nous a réservé la vallée de
Chamonix. Je n’étais sûrement plus très lucide mais dans leurs
yeux, je voyais du respect. J’étais ému en regardant ses
gaillards, ses montagnards, qui connaissent la montagne,qui
savaient d’où nous venions et qui faisaient une pause pour nous
applaudir. Ca prend là, dans la poitrine et ça fait avancer …..
merci. Le ravito est l’occasion d’une dernière soupe. L’occasion
aussi de sauver ce qu’il reste de mes pieds. 15h de macération, ça
marque. D’ailleurs, 10 jours plus tard, j’ai encore les marques
(un souvenir de plus !!!). Un petit strapping et ça repart. Le col
des Montets, nous l’abordons tranquillement en discutant. On
s’approche du sommet, on longe la route et les voitures nous
klaxonnent. Nous sommes les héros de la vallée !!!. Le col est
franchi sans peine et………..c’est le début des ennuis.
Col des Montets – Argentière :
Dist. Partielle = 2,3 Km (0 m+) ; Dist. Tot = 143,1 Km (7820 m+) ;
Temps partiel = 28’ (prévu 40’) ; Temps total = 33h30 (prévu
31h20)
J’en avais rêvé. D’une arrivée
triomphale. Je me voyais déjà, sur la ligne euphorique. Nous en
avions pas mal discuté durant la nuit avec Nitram et je lui avais
aussi parlé de ma triste expérience des 100 Km de Millau. C’était
en 2001. St Afrique, Km70, je repars vers Millau, je suis heureux,
je vais finir mon 1er 100 Km. Je suis ému aux larmes en
pensant à mon arrivée triomphale mais voilà ….j’ai tellement
souffert dans les 20 derniers Km, que j’ai même pas profité de
l’arrivée. Trop dur, trop mal, trop …. pas assez lucide pour me
rendre compte et savourer. Là c’est pareil. Je sens que ça me
lâche. On plonge vers Argentières, on court, mais mes pieds me
gâchent tout. L’impression que tous mes maux, (tous nos maux même
puisque Jean Yves et Nitram vont aussi souffrir pendant les 2h
qu’il nous reste à partager jusqu’à Chamonix) se sont réveillés en
haut du dernier col. La préparation psychologique s’effrite, elle
m’a emmené jusqu’au Km141. Depuis le départ, dans ma tête,
l’arrivée est là, au sommet de ce col, le Km 141. Et maintenant,
plus rien ne me pousse. Je voudrais en finir, vite. Je m’accroche,
trottine, profite d’une pause de mes compagnons de route pour
prendre quelques mètres. Argentière est là. Il reste 10 Km. C’est
beaucoup trop.
Argentière – Le Lavancher :
Dist. Partielle = 4,3 Km (125 m+) ; Dist. Tot = 147,4 Km (7945
m+) ; Temps partiel = 59’ (prévu 1h20) ; Temps Total = 34h29
(prévu 32h40)
Le moral n’est plus là, la
bonne humeur non plus. Même plus envie de discuter. Je marche,
comme je peux. J’ai l’impression d’être pieds nus sur des sentiers
de randonnée. Nitram connaît le final, il nous encourage comme il
peut. Mais rien à faire. C’est trop long.
Le Lavancher – Chamonix :
Dist. Partielle = 5,9 Km (55 m+) ; Dist. Tot = 153,3 Km (8000
m+) ; Temps partiel = 1h16 (prévu 1h30) ; Temps Total = 35h45
(prévu 34h10)
Plus que de la descente,
infernale descente. Après avoir surplombé la vallée, on plonge
vers Chamonix. Mais Boudiou qu’il est long ce sentier qui longe
l’Arve. Je m’accroche, je jette mes dernières forces. Un promeneur
nous annonce l’arrivée dans 15’. Ridicule après plus de 35h de
course. Un gouffre infranchissable quand vous n’avez plus rien à
donner. Je m’accroche. « Tu t’es rendu compte Nitram du mal aux
jambes que tu m’as fait dans ce dernier quart d’heure ? ».
Chamonix, enfin, Nitram veut courir. « T’es fou, moi je cours à
50m de la ligne ». Pas de bonne humeur Yoyo dans le final. On y
est. J’ai des frissons maintenant en écrivant ces lignes. Pas à
l’arrivée. J’ai trop souffert dans ce final interminable. On lève
les bras puis c’est un tourbillon. Des Ufos, un micro, Catherine,
Rodio, Régine, Phil, Etienne (qui tient sa promesse), les parents
de Phil, ….j’en oublie. STOP. Et si on y retournait maintenant
pour que j’en profite vraiment. J’aurais aimé rester là sur la
ligne des heures à boire des coups, à refaire la course, à
regarder les gens. Allez, on le refait, on remet l’arche, 3
barrières, un ciel presque bleu et …..on le refait. J’ai même plus
vu Nitram, costaud Nitram, phénoménal Nitram qui, s’il avait couru
à son rythme serait déjà douché, massé, rassasié et plus encore.
Merci Nitram. Je revois aussi le sourire de Phil, ce cher Phil,
compagnon de ma mini préparation physique, confident sur ma
préparation « psychologique », initiateur d’une belle histoire,
celle des Ufos. Et puis, Monsieur Pertuy, plus connu sous son nom
de scène Monsieur Rodio, qui m’a pris sous son aile. Tu sais pas à
quel point ça m’a fait plaisir, les 30 minutes après l’arrivée. Ta
prise en charge. Mes idées n’étaient plus très claires mais je
n’ai pas oublié.
Vivement bientôt qu’on se
revoit.
35h
45’, 55ème avec Nitram et Jean Yves
|