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Gigondas - 2003
Vendredi 16 mai 2003
17h 30 : je descends du TGV,
je saute dans la voiture, direction Gigondas. J’ai rendez vous
entre 18 et 19h avec François (alias Floeser) et Rémi (alias Ltoro)
pour la remise des dossards et les vérifications administratives
(sac, électrocardiogramme ….)
18h : Un coup de fil de Rémi.
Il est sur place depuis 15h pour faire son électrocardiogramme. Il
a décidé à midi de faire le 100 plutôt que le 38 !!!!.
Rémi : « Pour me reconnaître,
c’est facile, j’ai un Tee shirt avec une grosse cigale. Je milite
pour la libération des cigales ».
18h 15 : j’arrive à Gigondas
et je retrouve immédiatement Rémi (et son tee-shirt). Des rapides
présentations et je vais aux vérifications. Rémi m’accompagne. Il
est connu comme le loup blanc. Ufo par ci, Ufo par là, l’équipe
UFO est déjà catalogué, une équipe « d’ultrafondus ».
On retrouve également François
aux vérifications. Re présentation rapide.
A noter, un superbe Tee-shirt
dans le sac de bienvenu et un ticket pour le petit déjeuner demain
matin et pour le repas d’après course. Cool !!!
On se retrouve finalement
dehors, sous le soleil tombant de Gigondas, à palabrer de nos
courses passées, d’équipements, des objectifs ….. un mini forum en
somme. Puis c’est l’arrivée de Florent (alias Flo). Il a bien
comme il nous avait dit le camion de Scoubidou. Rémi, chargé de
communication de l’équipe UFO fait les présentations et ça repart
pour des discussions diverses et variées. Florent s’excuse de ne
faire que le 38, mais ce qu’il nous a pas dit c’est qu’il vient
avec des ambitions. On le saura plus tard.
19h 15 : C’est le moment de
rentrer, 45 minutes de route, un plat de pâtes, du blanc de
poulet, une préparation minutieuse du sac (il est super plein,
j’ai du mal à le fermer) et au lit vers 23h.
Samedi 17 mai 2003
3h 15 : C’est l’heure, le
grand jour. Je me suis endormi difficilement vers minuit. Le nuit
a été courte mais j’ai respecté la règle (que j’ai lu je sais plus
ou) qui dit que la nuit qui compte, c’est pas celle de la veille,
mais celle de l’avant-veille. J’ai donc fait une grosse nuit jeudi
soir (coucher à 21h).
3h 30 : beurk !!! Je me force
à ingurgiter le reste des pâtes d’hier et un blanc de poulet, avec
un filet d’huile d’olive, le tout après un bol de café et un
yaourt. Il est 3h 30 du matin, c’est le début du week-end, je suis
seul, j’ai dormi trois heures et je mange des pâtes froides.
J’adore l’ultra !!!!.
5h 10 : Bienvenue à Gigondas.
Dés l’entrée du village, je suis guidé vers un grand parking. Les
bénévoles sont souriants malgré l’heure. Je crois que, de toute la
journée, je n’ai pas vu un bénévole qui n’était pas souriant. Je
ne sais pas si c’est leur tee-shirt jaune du plus bel effet, mais
ils seront tous cools, attentionnés, accueillants….. parfaits.
5h 20 : je vais dans la salle
des fêtes où m’attends le petit déjeuner. Café, thé, croissant,
pain frais, beurre, confiture, tout en somme pour se péter le
ventre. Je suis raisonnable, un café et un bout de pain frais
feront l’affaire.
5h 40 : Rémi arrive avec son
plus beau tee-shirt et son plus beau bob (Ah, le bob de
Rémi !!!!). Puis c’est au tour de François qui, expérience oblige,
ne s’est pas aventuré à mettre le tee-shirt UFO neuf pour cette
petite sortie de quelques heures. Une photo souvenir devant ….. le
bar et ça commence à bouillir. Les organisateurs nous demandent de
nous rassembler sur la place du village.
6 h : Le départ
Après un furtif briefing qu’on
a à moitié raté et l’autre moitié pas écouté (juste entendu que à
un CP, faut pas suivre un fléchage qui a été déplacé ….. on verra
sur place), on se regroupe en tête du peloton sur la demande du
speaker (faut bien être en tête à un moment) et c’est parti.
On se retrouve rapidement …..
en queue de peloton et entre les pauses techniques et
photographiques, on attaque la montée du col du Cayron. Je suis
avec Rémi, à alterner marche et course pendant que François
commence sa démonstration de métronome. Pour lui, c’est toujours
le même tempo, en courant alors qu’avec qu’ avec Rémi, le moindre
faux plat montant est propice à la marche. J’appréhende un peu le
début de course en raison de ma hanche. Je me suis fait une
tendinite il y a 1 mois, j’ai eu du mal à la guérir, et depuis 3
semaines je n’ai pas recouru (je n’ai fait que du vélo). Alors je
suis à l’écoute de la moindre douleur, du moindre signe qui ne
tarde pas à apparaître. Aïe, ce n’est pas bon signe.
Km 2.5 – 6h 20 – 20’ de
course – 160 m+ - Sommet du col de Cayron
Je suis avec Rémi. On
s’apprête à se relancer dans la descente au milieu des vignes
direction le village de Lafare. François est parti devant et je
suis étonné de le retrouver après 500m de descente. Un métronome,
foulée courte et rasante. Je profite de cette descente pour
prendre quelques longueurs sur le duo UFO qui s’est constitué. On
alterne des portions de route et de large chemin « agricole » mais
ce qui ne change pas, c’est le paysage. Des vignes, des superbes
propriétés, des caveaux et …pas de plat. Je profite d’une petite
bosse pour faire une pause photo. François puis Rémi et je repars
avec Rémi. De nouveau, François est parti devant. On discute,
profite du paysage (superbe le village de La Roque d’Alric), je
lui parle un peu de mes douleurs à la hanche qui me perturbe pas
mal la tête.
Km 5 – 6h 45 – 43’ de course
– 185 m+.
Je suis persuadé que je ne
reverrais François qu’à l’arrivée mais en bas d’une descente,
alors que j’ai quelques longueurs d’avance sur Rémi, François est
là, concentré. On échange quelques mots. L’équipe UFO est au
grand complet pour aborder un premier passage un peu technique du
parcours. Un sentier étroit qui nous emmène à l’écluse de Falque
(petit barrage). Je prends un peu d’avance dans la descente,
traverse un petit ruisseau puis remonte, sur un sentier taillé
dans les rochers. J’immortalise François dans ce passage (Rémi est
trop rapide).
Km 10 – 7h 26 – 1h26’ de
course – 415 m+.
La moyenne horaire n’est pas
folichonne. C’est pas grave la route est encore longue et on aura
bien le temps de se rattraper. On arrive au village du Barroux.
C’est là que nos routes vont se séparer avec Rémi et François. On
attaque une portion de route en descente, qui enjambe le Pont du
Four à Chaux puis plate qui doit nous amener vers le Lac du Paty
que je connais bien pour y avoir fait de la CO. Je profite à
nouveau de la descente pour prendre mes distances. C’est aussi
vers là, (environ 2 h de courses) que j’ai mon traditionnel coup
de blues. « Qu’est ce que je fais là, c’est nul, je serais mieux
avec Sandra, je me fais même pas plaisir ….. ». Bref, un coup au
moral, des idées noires. J’en profite pour appeler Sandra comme
prévu. Elle me remonte le moral, me rassure sur ma hanche qui me
gêne de plus en plus et me dit d’oublier tout ça pour profiter un
max de l’instant, d’ouvrir grand les yeux …Je l’adore et j’ai de
nouveau la pêche. Le Lac du Paty est …asséché (c’est une retenue
d’eau en fait). Je remplis mon camel bag et après une pause de
quelques minutes, je m’apprête à repartir. François arrive à son
tour. Deux petits mots d’encouragement et je passe sur la
passerelle au bout de laquelle, il y a le CP 1.
Km 16 – 8h 23 – 2h 23’ – 625
m+ - CP1
On enchaîne tout de suite
après le CP avec une sévère montée. Un ancien chemin de croix. Mes
bâtons font merveilles et je double un petit groupe que je trouve
bien bruyant. On arrive ensuite sur un plateau, une vue imprenable
sur le Ventoux et au loin le chemin qui serpente au milieu des
jeunets. Ce chemin vallonné nous emmène au col de la Madeleine.
Après ce col, nous abordons une partie cassante du parcours en
direction du Rocher du Gros Pata. J’arpente des sentiers, le plus
souvent sur des rochers, sur des crêtes qui nous permettent de
surplomber de superbes combes. Je rencontre 2 toulousains. Un brin
de discute, une photo et j’arrive au kilomètre 20 qui coïncide
avec le début de la descente de la combe Obscure.
Km 20 – 9h10 – 3h09’ de course
– 955 m+ - Rocher du Gros Pata
C’est parti pour une descente,
technique et pentu. Je me refais doublé par le groupe bruyant que
j’avais doublé dans le Chemin de Croix au dessus du Lac du Paty.
Et ils sont toujours aussi bruyants. C’est le café du commerce.
J’ai rien contre le fait de discuter en course, ou alors je suis
intolérant, et de mauvaise humeur, mais là, c’est lourd. Ca parle
fort, ça braille, et je suis bien content de les voir s’éloigner.
Après avoir doubler quelques concurrents en difficulté dans cette
descente, j’aborde maintenant un sentier, qui serpente au pied du
Ventoux et qui doit nous amener au CP2 : Le Hameau des Fébriers.
Cette partie du parcours est usante. Des montagnes russes. Des
petites montées très courtes (50m environ) et très raide puis
pareil de descente, beaucoup de croisement de sentier. Une partie
où il ferait bon se lâcher lors d’un entraînement de 1h mais là,
ce n’est pas un entraînement et il faut gérer. C’est long est
pénible. Je rattrape quelques concurrents puis de nouveau, le
« groupe des bruyants ». Je me cale derrière eux et les suit
jusqu’à quitter ces sentiers pour aborder une piste forestière
bien large qui s’apparente à une autoroute après la partie
traversée. Je profite de ce passage pour doubler le petit groupe
et fuir ce brouhaha qui n’a toujours pas cessé. Ma hanche est
toujours douloureuse et je suis assez inquiet pour la suite des
événements. Je compte me faire masser au CP2. Je n’ai jamais osé
jusqu’alors le massage sur une course longue, de peur de ne plus
pouvoir repartir. Mais là, c’est obligatoire. Soit le massage me
soulage, soit j’arrête en haut du Ventoux.
Km 29 – 10h 34 – 4h34’ de
course – 1300 m+ - CP2 : Hameau des Fébriers
Je remplis mon camelbag.
J’avais préparé dans un sac plastique de la poudre Isostar.
Technique à revoir à l’avenir. Parce que pour faire sortir la
poudre du sac et la faire rentrer dans le camelbag, ce n’est pas
de la tarte. Bref, comme je tournais au Caloreen depuis le début,
que j’ai complété avec de l’eau au CP1 et que maintenant je re
complète avec de l’Isostar, je dois me retrouver avec un mélange
Isotar / Caloreen au dosage approximatif.
Puis c’est l’heure du massage.
Je parle au kiné de mon problème de tendinite à la hanche. Il
s’occupe de ça. Le temps de discuter 10 minutes, d’avoir droit à
un surplus de massage derrière les cuisses pour prévenir les
crampes et je repars. La pause a durée 15 minutes environ. Je
m’attaque donc au juge de paix du parcours.
10h50 : début de l’ascension
de Ventoux par le chemin du Facteur
Au programme, 9km pour 1400
m+. Je profite du départ tranquille pour appeler Rémi. Il me dit
que qu’il ne va pas tarder à arriver au CP2. Bonne chance Rémi, on
s’appelle plus tard. Dés le début de l’ascension, c’est tout droit
dans la pente. J’aperçois régulièrement au travers des arbres, le
sommet et son belvédère. Il parait être là, juste derrière les
arbres mais il me faudra plus de 2h d’effort pour l’atteindre. Je
suis seul, rien devant. Il me faudra bien 30 minutes avant de
commencer à rattraper quelques concurrents. Tiens le prof de judo,
qui m’a précédé au massage et dont le kiné vantait sa souplesse.
« Salut le prof, ça roule ». Je le dépasse alors que le soleil
pointe et commence à nous chauffer sévère. Je rejoins ensuite un
vétéran, tout ridé. Il me dit qu’il vient de Poitiers, qu’il ne
connaît pas le Ventoux. « Merveilleux, fantastique, franchement
vous avez de la chance, c’est les conditions idéales. Il faut ni
chaud, ni froid, pas de vent et le sommet est dégagé ». Et je lui
raconte, le Ventoux, Mon Ventoux ……je suis cinglé du Ventoux. On
quitte ensuite le chemin principal pour aborder une partie
terrible. On passe devant une bergerie en ruine (Jas de Beaumasson)
et déjà depuis quelques minutes, je double des concurrents assis
au bord du sentier en train de récupérer. Surtout, je ne veux pas
m’arrêter. Ca grimpe droit, sans temps mort, je vois une
concurrente devant moi depuis 15 minutes au moins, à 100 m mais je
peux rien faire. Combien de temps je fais au 100m dans le chemin
du Facteur ????? de longues minutes sans doute. Enfin, les
premiers pierriers sont synonymes de délivrance. Alors qu’au plus
fort de la pente, je commençais à me décourager et à penser à
arrêter au sommet (j’aurais trouver une bonne excuse avec ma
hanche qui va quand même vachement mieux), mes idées d’abandon se
sont envolées avec les derniers arbustes qui ont disparu au sommet
du Ventoux. J’arrive dans le Clapiers de l’Hermitage. C’est un
champ de cailloux, superbe, au milieu duquel des fleurs violettes
pointent. Après quelques photos du belvédère et des pierriers,
j’atteins le sommet en 2h 18’. Le record de la montée est de 1h
14’ pour les 9 Km (Dominique Calbera, 1992)
Km 38 - 13h15 – 7h15’ de
course – 2680 m+ - CP3 : Sommet de Ventoux
Je ne m’attarde pas au sommet.
Je pensais y être en 7h et je suis un poil en retard. Rien de
grave. Après 200 m de route, le parcours plonge dans les pierriers
face nord. Le sentier n’est pas très difficile, il fait simplement
des longs zigzags dans la pente. D’un rapide coup d’œil, je me dis
qu’un tout droit dans le pierrier me ferait gagner de précieuses
foulées. Je me lance donc et je déchante aussitôt. C’est
extrêmement raide, instable, mes mollets souffrent à là limite des
crampes et c’est tout simplement …dangereux. Je retrouve avec
plaisir quelques dizaines de mètres plus bas le sentier. Je vide
mes chaussures des souvenirs du pierrier et c’est parti pour une
longue descente de 15 Km et 1300 m de dénivelé négatif, qui doit
m’amener jusqu’au village de Brantes. J’alterne course et marche
et rattrape rapidement 2 concurrents que je distance aussitot. On
n’est plus très nombreux maintenant sur le parcours et les
rencontres seront rares. D’ailleurs François, plus loin derrière
ne verra plus personne, du sommet du Ventoux jusqu’à l’arrivée,
soit pendant 14 h. La descente est agréable, pas trop raide et
bien balisé. Je profite d’un embranchement pour rattraper 2
concurrents qui doutent sur le chemin à suivre. Une pause de
quelques minutes, on sort le road book, et c’est reparti. Nous
sommes désormais 3. Je les suis et me rend compte rapidement que
le premier, qui fait tout en courant est très fort, que son
collègue s’accroche (ils font apparemment la course ensemble) et
que moi, je gagnerai à les laissé partir. C’est ce que je fais
plusieurs fois mais je profite régulièrement de petits raccourcis
dans des épingles pour rattraper mon retard. On arrive ensuite sur
une grande piste que l’on voit serpenter à flan de montagne
jusqu’à Hameau des Bernards. C’est là qu’un gars « bizarre » nous
rattrape. C’est un gars qui connaît bien le Grand Raid. Très bien
sûrement même. Il me raconte la suite du parcours, me dit qu’il a
fait 11h 30 sur ce même parcours (on en a 9h de course au 50 km !!!),
qu’il a dormi 2 h au sommet. Mouai !!!. D’un coup il s’arrête, se
met au bord du chemin, regarde en bas dans la vallée. Je continue
sans lui. Je le reverrais au massage au CP4 (Km 60), sans que
jamais il ne m’ai redoublé !!!. Mes deux compagnons de descente
décident de faire une pause. Je continue seul. A un point de
contrôle, peu avant Brantes, un bénévole m’annonce que je suis 38ème.
Ce n’est pas trop mal. Je poursuis la descente qui maintenant est
goudronnée. Après la traversée du Toulourenc, j’attaque la montée
sur Brantes. C’est bref et bien raide. Le village est superbe avec
son porche en pierre.
Arrivée sur la place du
village, je vois devant moi 3 concurrents. Je les rattrape peu
après. Ils ne sont pas très causants. On est maintenant sur un
plateau qui doit nous amener au col de Fontaube. On passe au 55ème
kilomètre.
Km 55 – 15h 36 – 9h 36’ de
course – 2805 m+
C’est agréable et nous
alternons course et marche. Je profite du passage au col pour
faire une pause et téléphoner à Sandra. Je l’a rassure sur ma
hanche qui va super bien et repars. Mes trois compagnons ont du
prendre 5 minutes d’avance. J’aborde la descente sur Saint Léger
du Ventoux (CP3). Elle est assez difficile. C’est un sentier,
pentu, parsemée de traversée de pierriers qui longe la montagne de
Bluye, Je la trouve un peu longue. Enfin, le CP3, synonyme de
massage est là.
Km 61 – 16h 45 – 10h 45’ de
course – 2975 m+ - CP3 : Saint Léger du Ventoux
Je vais m’y arrêter 30 minutes
qui me paraîtront en durée 5. J’y retrouve les concurrents que
j’avais rattrapé à Brantes. Ils ne sont toujours pas très cool.
Ils font leur course à deux, ensemble, dans leur bulle. Je
n’imagine pas encore que nous allons passer une partie de la nuit
ensemble. Je remplis mon camel bag avec ma deuxième et dernière
dose d’Isostar et un long massage plus tard, je repars, seul.
Entre temps d’autres concurrents que j’avais doublés depuis le
Ventoux viennent d’arriver. Je longe le Toulourenc sur une route
goudronnée. Je rattrape un concurrent qui marche tranquillement.
Je ralentis mon rythme pour partager avec lui quelques instants
dans les superbes gorges du Toulourenc. Il est du coin, et connaît
lui aussi ce passage. Il me renseigne sur le profil. C’est très
sympa. L’eau est limpide, les falaises abruptes et ces paysages me
rappellent les gorges du Tarn. La remontée des gorges est longue,
à flanc de falaise. J’attends plusieurs fois mon compagnon puis
voyant que son rythme est bien plus faible que le mien, je pars
seul. Puis c’est la descente sur Veaux. Je commence à regretter
d’être parti seul. Je sais que devant, les autres concurrents sont
loin, et je commence à m’imaginer seul, pendant de longues heures
jusqu’à l’arrivée. Au bas de la descente de Veaux, des bénévoles
m’encouragent. Je leur demande si les autres concurrents devant
sont loin. Leur réponse est sans appel : environ 10 minutes. Ca me
parait énorme. Quelle inexpérience. On est dans l’ultra, et 10’ de
retard après 11 h de course, c’est rien. Je vais l’apprendre dans
pas longtemps. Après une portion de route qui traverse le village
de Veaux, je me surprends encore à avoir une bonne foulée sur le
plat et dans les descentes.
Km 67 – 18h 35 – 12h 35’ de
course – 3210 m+ - Hameau de Veaux
Je quitte le goudron pour
attaquer un sentier qui doit me mener au col du Rissas. Malaucène
doit être distant de 8 Km environ et j’espère y arriver vers
19h30. Je m’attendais à franchir un col, mais en fait cette
portion est une succession de franchissement de combes (Combe de
Bouche Grasse, Combe du Jacquaras) et de vallons. Dur dur après
plus de 12h de course. Ca n’arrête pas. Je vois l’heure qui avance
et toujours pas de Malaucène à l’horizon. Le balisage qui était
indiqué jusqu’alors tous les 5 kilomètres me servait de repère.
J’attends avec impatience le Km 70 qui ne vient pas. Quand il
apparaît je regarde ma montre : 1h 22’ pour faire 5 Km. C’est sur,
il y a un problème de balisage. Tant pis, je revois mais ambition
à la baisse et espère arriver vers 20h à Malaucène. Au sommet
d’une combe, je retrouve mes 2 compagnons sur lesquels j’avais 10
minutes de retard avant Veaux. Ils sont arrêtés, un des deux fait
une hypo, il songe à abandonner. Je suis content de les voir
finalement, je me sens moins seul. Je propose mes bâtons « au
malade » qui se décide à repartir après quelques minutes. On
discute un peu, le rythme revient d’autant que nous amorçons la
descente vers la Chapelle Saint Roch. Mes compagnons qui
maintenant ont bien récupéré commencent à accélérer sévèrement le
rythme. Je m’accroche pour ne pas rester seul. Quelques
hésitations d’orientation au niveau de la Chapelle Saint Roch,
puis c’est par la route que nous rejoignons Malaucéne. Peu avant
l’entrée du village, le panneau Km 75. Je regarde ma montre. 1h
16’ pour les 5 derniers kilo, soit 2h 38’, pour les 10 derniers
kilo. Impossible. C’est pas grave, le massage de Malaucène va
effacer tout ça d’autant que j’ai rendez vous avec mon kiné
sauveur qui m’avait massé au pied du Ventoux.
Km 75 – 20h 18’ – 14h18’ de
course – 3520 m+ - Entrée de Malaucène
Je profite de la pause à
Malaucéne pour refaire le plein d’eau, et pour me coiffer de ma
frontale. Après 15 minutes de pause je repars et en profite
également pour prendre un peu d’avance sur mes compagnons. Ils
sont plus forts que moi et quelques minutes d’avance, avant la
nuit me feront du bien. On nous annonce une montée terrible avant
de rallier Gigondas. La montée du Sommet de Saint Amand, altitude
de 732 m, point culminant du Massif des Dentelles de Montmirail.
J’appréhende aussi un peu la nuit. Après avoir quitté Malaucène,
alors que la nuit commence à tomber, on se retrouve à 5 : mes 2
compagnons habituels plus 2 féminines qui nous ont rattrapé au
profit d’une pause express à Malaucène. On se met naturellement à
la queuleuleu dans les sentiers étroits qui nous mènent au col de
la Chaîne. Je ferme la marche et il n’est pas pour l’instant
question de relayer qui que ce soit. Chacun a sa place dans la
colonne et comble de la galanterie, c’est les 2 féminines qui
ouvrent la route. Cette présence féminine (à moins que ce soit la
nuit) rend mes 2 compagnons de route masculin beaucoup plus
loquace, jovial. Ca parle Grand Raid de la Réunion, Endurance
Trail, Tchimbé Raid et Marathon des Sables. J’ai l’impression
d’être dans la cour des grands. de franchir un palier, un cap, que
rien ne sera plus comme avant. J’ai largement dépassé mon temps
maximum en course qui était de 12h 32 au 100 Km de Millau en 2001.
On marche à un bon rythme avant de faire une pause au sommet. Et
quelle pause. On s’assied sur un chemin, au loin les dentelles et
au dessus de nous on aperçoit, dans un ciel encore bleu et une
montagne qui devient noire, l’antenne qui marque le sommet de
Saint Amand. Chacun sort de son sac, les restes de ces
victuailles : des cacahuètes, des bananes séchées, des abricots
secs …. 10 minutes de pause où la course est bien loin. On repart
à l’assaut de Saint Armand. Toujours à la queuleuleu, toujours les
filles devant, toujours en serre file et toujours en marchant,
nous passons au Pas du Loup puis nous attaquons à la montée tant
redoutée. Déception : c’est une piste bien large, très raide mais
aussi assez courte et après environ 10 minutes d’effort, nous
atteignons le sommet.
Km 85 – 23h 10 – 17h 10’ de
course – 4100 m+ - Sommet de Saint Amand.
Nous effectuons une nouvelle
pause. Re cacahuètes, abricots et banane séchés. On discute du
Marathon des Sables. J’en profite aussi pour enfiler mon Millet
sous le Tee shirt UFO. Il ne reste plus que de la descente jusqu’à
Gigondas. Alors que nous nous apprêtons à repartir, un concurrent
arrive. Mon compagnon des gorges du Toulourenc. Il souffre
d’ampoules mais notre décision est déjà prise. Nous sommes
maintenant 6 et nous franchirons la ligne à 6. Le début de la
descente est très raide. Au moins autant que mes cuisses. La pause
m’a un peu refroidi et les premiers mètres de cette descente sont
difficiles. Le rythme est effréné devant, toujours emmené par les
filles du groupe. Je profite d’un contrôle de passage pour
informer mes compagnons de mes limites. Ils lèveront le pied
jusqu’à l’arrivée. Les derniers kilomètres, toujours descendants,
sont sur de larges chemins. J’ai été très impressionné par la
montée du Ventoux par le Chemin du Facteur, et je profite d’un
ralentissement, pour discuter avec une des 2 filles du groupe qui
a fait la réunion : « Il parait qu’y a une bosse super raide à la
réunion, tu connais ? » « Oui, c’est la Roche écrite » « Et c’est
comment par rapport au Ventoux ? » « A coté le Ventoux, c’est
plat !! ». Je suis scié. Plus dur que le Ventoux. Moi qui n’ai
rien fait d’aussi dur jusqu’alors. …….je vais réfléchir si je dois
faire un jour la Réunion. On se retrouve au sommet du Col du
Cayron. On reprend le parcours du matin, avec 2,5 km jusqu’à
l’arrivée. Ils paraissent longs à tout le monde. A l’entrée du
village, on se prend la main, tous les 6, on occupe toute la
largeur de la route, on se met à trottiner et on débouche sur la
ligne d’arrivée, qui est en fait l’entrée de la salle des fêtes.
Tous les bénévoles nous acclament. Ils sont contents pour nous, ça
se voit. Je pense à Gigondas depuis des heures. J’y suis. Je les
fais en 18h 53 ‘.
Après l’arrivée :
On me met dans les bras un tee
shirt « rescapé » et une bouteille de vin (Gigondas, bien sûr). Je
me jette sur une table de massage et c’est parti pour un massage
de 45 minutes minimum. Je demande à un bénévole s’il peut aller me
chercher ma voiture qui est garée à 500 mètres. Je ne me sens pas
d’y aller. Il est 2h du matin, et il y va avec le sourire me
chercher la voiture et la garer devant la ligne d’arrivée !!!. Mon
massage est interrompu par des salves d’applaudissements dés qu’un
concurrent arrive. Une soupe et un plateau repas, plus tard,
n’ayant pas pu avoir des nouvelles de François (Rémi m’a appelé
dans l’après midi pour m’informer de son abandon sur blessure), je
décide de rentrer.
Conclusion :
Comme toujours, une fois la
course terminée, j’ai un sentiment mitigé. La mayonnaise retombe
en somme après être montée pendant de longues semaines. Une
organisation sans faille, des bénévoles géniaux, un parcours
magnifique m’ont convaincu sur cet ultra, malgré les réticences du
départ. Mon bémol vient du fait que j’ai beaucoup marché. Trop a
mon goût. Sur un ultra court (type Templiers), la course est plus
présente et là, j’avais parfois l’impression d’être en randonnée,
d’autant que je ne sais pas « marcher ». Faudra sûrement que je
m’y mette en vue de l’Ultra Trail du Mont Blanc (Rodio, tu
m’aides ??). D’ailleurs, l’UTMB, j’y ai beaucoup pensé pendant
cette course. C’est la première fois que je mets les pieds dans de
l’Ultra long (plus de 15 heures), et ça n’a rien à voir avec des
ultra type Fila Aubrac ou Templiers. Cette course me sera
grandement utile pour l’UTMB et je me suis souvent dit : « dans
l’euphorie du forum, on est beaucoup à fond dans l’UTMB mais,
est-on vraiment conscient de l’ampleur de la tâche qui nous
attend ? »
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